Posted by: Armel | November 3, 2009

La BEAC: Inconcevable Aberration !!

                    beac

Malgré  les apparences,  l’Afrique Francophone Sud-Saharienne continue d’ étaler ses limites aux plus hauts niveaux.

Apres y avoir été contrainte par le FMI, la Banque des Etats de L’afrique Centrale, s’est finalement decider à publier un rapport non-exhaustif sur les pratiques et détournements au sein de l’organe responsable de l’orientation  financiere et monétaire dans la sous-region. 

En lisant quelques lignes de ce rapport émis en collaboration avec le cabinet Mazars, on approche la crise cardiaque tant les malversations sont énormes et simplistes à la fois. Comment comprendre que l’ institution faîtière censée controler et fixer les regles du jeu soit si incapable de verifier l’application des normes comptables les plus élémentaires ?

Si aujourd’hui il est possible d’opérer avec autant de légèreté au sein d’une Banque Centrale, il faut bien se rendre à l’evidence que celle ci est absolument indigne de son statut d’organe régulateur et statutaire !

This is an Embarassment!

Extraits du rapport sur les detournements qui s’elevent jusqu’ici a 16,54 milliards de francs cfa

BEAC: Les détourneurs au rapport

La Banque centrale, sous la pression du Fmi, vient de livrer des conclusions “non exhaustives” sur les malversations au Bep. Les lignes qui suivent en constituent l’économie.

En son temps, Philibert Andzembe était resté dans les généralités, bien que disposant déjà de données accablantes et de première main. Le gouverneur – “rappelé” par son pays, le Gabon – de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac), dans son interview à Cameroon Tribune et que certains cadres de la maison continuent de considérer comme “un gros ratage communicationnel”, avait même redressé l’échine, traitant d’”écume de surface” et de “recherche de sensationnel” les révélations des médias sur le vaste scandale financier touchant le Bureau extérieur de son institution à Paris (Bep). Entre-temps, le Fonds monétaire international (Fmi) est passé par là, obligeant l’auguste banque centrale à publier les résultats des enquêtes menées notamment par le cabinet Mazars et Théodore Dabanga, directeur général du contrôle général.

C’est désormais chose faite depuis vendredi dernier. Ainsi contrainte et forcée par le Fmi, la banque des banques étale au grand jour les tripatouillages financiers de quelques cadres, le laxisme de ses dirigeants, et, surtout, la gigantesque machine à sous qu’elle était devenue au fil des ans et dont le jackpot engraissait des particuliers. Les conclusions des enquêtes menées auprès de Bnp Paribas et de la Société générale, ne sont “pas exhaustives” et ne peuvent, de ce fait, pas encore traduire l’ampleur des détournements.

A fonds perdus

Le mode opératoire allait de l’imitation des signatures des personnes habilitées aux doubles paiements (touchant les mises à disposition initiées par les agents de la Banque, aux règlements des frais liés aux évacuations sanitaires en passant par des détournements des chèques établis à l’ordre du Trésor public et des organismes en charge des retraites (Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d’allocations familiales, sans oublier des détournements de chéquiers et leur usage frauduleux, la falsification des relevés bancaires et le “maquillage” des écritures comptables. Théodore Dabanga, qui s’est penché sur ce tonneau des Danaïdes, enfonce le clou : “Manifestement, la Beac est encore très loin des standards internationaux en matière de contrôle et il devient urgent et prioritaire d’engager la réforme du dispositif de contrôle au sein de la Banque.”

Le Bep a reçu, de janvier 2004 à mars 2009, des approvisionnements de l’ordre de 36,174 milliards de Fcfa avec un pic en juillet 2007, où il a fait des demandes de renflouement de l’ordre de 1,4 milliard de francs. Des appels de fonds jugés “démesurés par rapport aux besoins réels”. Et, au stade actuel des investigations, le montant total des détournements, établis avec certitude, opérés au moyen de chèques, virements, retraits en espèces et titres de transport, s’élève à 16.548.969.100 francs.

L’enquête pointe, pendant la période étudiée, “858 chèques et 6 virements frauduleux au profit de 101 bénéficiaires, 1306 retraits en espèces frauduleux et 38 bénéficiaires de titres de transport aériens frauduleux”. Le montant estimé du préjudice de la Beac s’élève à 18,5 milliards de francs (total des suspens au niveau du Bep), et, selon les premières investigations sur la base des justificatifs partiellement fournis par Bnp Paribas et la Société générale, les détournements avérés se situent à 16,5 milliards de Fcfa (hormis les chèques suspects dont les images sont attendues). La première banque citée a ainsi vu 2,377 milliards de Fcfa de dépôts se volatiliser en 2008. La deuxième, entre 2004 et 2007, a enregistré des opérations frauduleuses de l’ordre de 4,178 milliards Fcfa.

Cet envoi massif de fonds, sans rapport avec ses besoins réels et sans contrôle de leurs utilisations, aura suscité un tel appétit que les pilleurs du Bep “s’en sont donné à cœur joie”. Les responsabilités du Bep sont donc établies de manière irréfutable, mais les services concernés du siège (secrétariat général et direction de la comptabilité) de Yaoundé assument aussi une part de responsabilité sur ces graves manquements, les fraudes n’ayant été rendues possibles que “grâce aux approvisionnements inconsidérés et sans restriction effectués par le siège en faveur du Bep”.

“La mission, peut-on lire dans le rapport, a investigué uniquement sur les suspens ou les écarts sur les rapprochements bancaires. Cependant, il y a lieu de relever que certaines opérations qui n’apparaissent pas en suspens de rapprochement parce qu’enregistrées aussi bien par les banques commerciales que par la Beac peuvent se révéler frauduleuses. La mission n’a pas eu le temps matériel de revoir toutes les pièces comptabilisées pour en apprécier la moralité.” En tout, ce sont 101 personnes (personnes physiques, entreprises diverses) qui sont bénéficiaires des chèques et virements frauduleux.

Tout au long de leurs acrobaties financières et comptables, les responsables du Bep auront fait preuve d’une “volonté manifeste de dissimuler ces opérations en retardant leur comptabilisation dans les livres (…) pendant des mois, voire des années. Certaines opérations d’approvisionnement étaient supprimées sur les faux relevés bancaires afin de ne pas susciter la curiosité des responsables, de présenter une situation du compte qui dégage toujours un besoin de trésorerie et justifier ainsi les demandes d’approvisionnement inconsidérées qui étaient faites”.

Voracité sans contrôle

Tout en haut de l’affiche des personnes indexées, l’on retrouve le Gabonais Armand Ndzamba. Cet homme aujourd’hui derrière les barreaux et ses sociétés connues auront, en l’état actuel des investigations, bénéficié de 317 chèques frauduleux directement émis à leur profit. Entre 2004 et 2008, son épouse et lui, mais aussi ses sociétés, ont été recensés pour un montant de 4,096 milliards de Fcfa. Et comme si cela ne suffisait pas, “en plus des chèques frauduleux, des chèques émis régulièrement en faveur des organismes de prestations sociales et du Trésor Public français ont été détournés pour le compte des sociétés lui appartenant”.

Pour les enquêteurs, aucun doute ne subsiste sur le fait que les opérations d’approvisionnement de fonds par le siège en faveur du Bep étaient très mal suivies, aussi bien par les services centraux que par le Bep lui-même.

Le siège de la Beac approvisionnait le compte de son agence parisienne auprès de la Société générale et de la Bnp, “sans se soucier des utilisations qui en étaient faites”. De même, les fax ou les télécopies des demandes d’approvisionnement, “sans que cela ne suscite la moindre réaction du siège”, n’avaient pas les signatures autorisées. Philibert Andzembe, qui relevait dans Cameroon Tribune que “seuls des représentants d’un État sont indexés”, pensant sans doute à des ressortissants de son pays, devra certainement relire ses manuels de patriotisme… Il y a bien plus. Sans vouloir accabler un homme qui a certainement hérité d’une situation compromise, l’on pourrait se demander comment le spécialiste de la haute finance qu’il est, parvenu à la tête du gouvernorat en juillet 2007 a-t-il pu, dès la fin de la même année, fait procéder à la clôture du compte du Bep auprès de la Société générale sans en avoir fait auditer les mouvements. Cette question, et bien d’autres encore de la même veine, devraient constituer le plat de résistance de la réunion des chefs d’Etat de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), prévue ce mois en Centrafrique.

Les responsabilités:
Ces 15 personnes, à des degrés divers, ont pris une part active aux malversations au Bep

- Jean Félix Mamalepot, gouverneur de 1989 à 2007
Les investigations de la mission de vérifications n’ont pas encore révélé son implication dans les malversations au Bep. Il en était cependant le premier responsable et, à ce titre, avait la responsabilité de veiller à une gestion saine de tous les centres de la Beac. Le Bep lui étant directement rattaché, la nomination du délégué de ce bureau relevait de son pouvoir discrétionnaire.
Il a ainsi conservé Roger Kemadjou dans ses fonctions de délégué, pendant plus de dix années, “malgré des insuffisances notoires, alors que ceux qui ont assumé ces fonctions de délégué avant (lui) ne sont restés guère plus de 5 ans. En dépit des rapports alarmants qui lui étaient adressés (direction du contrôle général et commissaires aux comptes), aucune mesure vigoureuse n’avait été prise. Avec ses multiples déplacements professionnels à Paris, il ne pouvait pas ne pas être au courant des graves dysfonctionnements qui minaient le Bureau extérieur”.

- Rigobert Andely, vice-gouverneur d’avril 1998 à janvier 2003, et d’avril 2005 à ce jour
Les investigations de la mission n’ont pas révélé son implication dans les malversations au Bep. Cependant, il a assuré l’intérim du gouverneur du 1er mai 2007 au 30 juin 2007, après le départ de M. Mamalepot. Il était donc le destinataire du rapport du contrôle général de juin 2007 sur le suivi des recommandations au Bep, qui à cette époque étalait déjà des pratiques peu orthodoxes. Il n’a engagé “aucune action tendant à attirer l’attention sur les dérives de ce Bureau”.

- Pacifique Issoibeka, vice-gouverneur de janvier 2003 à février 2005
Les investigations de la mission n’ont pas encore révélé d’implication de sa part dans les malversations. Pendant son bail, les dysfonctionnements au niveau du Bep étaient déjà révélées dans le rapport du contrôle général de 2004 et n’a engagé “aucune action tendant à attirer l’attention sur les dérives de ce Bureau, du moins en 2004″.

- Philibert Andzembe, gouverneur depuis juillet 2007
Les investigations de la mission n’ont pas encore révélé son implication dans les malversations au Bep, qui se sont toutefois poursuivies jusqu’en 2008, sous son mandat ; aussi bien au niveau de la Société générale que de la Bnp Paribas. Il a reçu et annoté la lettre de synthèse accompagnant le rapport du contrôle général de juin 2007 sur le suivi des recommandations au Bep, et a diligenté une mission de contrôle comptable “qui a débouché sur des régularisations sans pièces justificatives ; ce qui a eu pour effet de minimiser l’écart des soldes bancaires au niveau de la Bnp Paribas”.

- Lucas Abaga Nchama, directeur général de l’exploitation depuis juillet 2008
Les investigations de la mission n’ont pas encore révélé son implication dans les malversations au Bep. Il a néanmoins signé, le 8 juillet 2008, “des ordres de mission pour un contrôle comptable qui a débouché sur des régularisations sans pièces justificatives ; ce qui a eu pour effet de minimiser l’écart des soldes bancaires entre le compte de la Bnp Paribas dans les livres du Bep et celui du Bep tenu chez la Bnp Paribas”.

- Gata Ngoulou, secrétaire général de février 1998 à juin 2008
Les investigations de la mission n’ont pas encore révélé l’implication, dans les malversations au Bep, de celui qui assurait cependant la coordination administrative et réglementaire, et planifiait les moyens budgétaires de la Banque en charge notamment de la validation des approvisionnements du Bep. “Ces approvisionnements massifs et sans commune mesure avec les besoins réels du Bep y ont facilité les fraudes”. Il est apparu, également, parfois sous sa signature, mais en tout cas sous son mandat, que ses services ont passé plusieurs commandes portant sur des équipements de sécurité et des spiritueux pour des montants importants à la société Ruby Export appartenant à Armand Ndzamba, pour 132.425.275 francs en 2007, et Smartrade Company pour 78.470.752 francs en 2007.

- Maurice Moutsinga, directeur de la comptabilité et du contrôle budgétaire de 1978 à décembre 2007
Il était le garant de la qualité et de la fiabilité de l’information comptable, et assumait la défaillance dans les rapprochements des comptes bancaires. En 2004, les rapports des commissaires aux comptes avaient préconisé le provisionnement de 400 millions de francs représentant des opérations antérieures non régularisées. Des recommandations reprises en 2005 pour 1,7 milliard pour défaut d’analyse détaillée par antériorité et non production des documents y afférents, “mais la comptabilité de la Banque, dirigée par M. Moutsinga, ne s’est pas du tout exécutée. Aucune provision pour dépréciation de créance n’a été faite. Plus grave encore, il a initié des opérations de régularisations tendancieuses offrant à M. Ndzamba, son partenaire dans une Sci dont les actifs ont été acquis avec les ressources de la Banque, l’occasion de valider des irrégularités”.

Il a aussi bénéficié de chèques frauduleux tirés sur le compte de la Banque pour un total de 35.425.843 de francs.

- Jacques Nsole, adjoint au directeur de la comptabilité de 2001 à 2008, directeur de la comptabilité depuis 2008
Il est rendu coresponsable, avec M. Moutsinga, “d’avoir entretenu sur une longue période de fausses informations comptables sur les comptes de la Beac. Il assume également la défaillance dans les rapprochements bancaires et le non provisionnement des suspens de rapprochement recommandé par les commissaires aux comptes”. Il a en outre initié une mission de régularisation massive, offrant à M. Ndzamba “l’occasion de valider des irrégularités”.

- Roger Kemadjou, délégué du gouverneur de 1998 à juillet 2008
Responsable n°1 du Bep pendant 10 ans, sa gestion a été marquée par une démission qui a coûté au moins 16,5 milliards de pertes à la Banque. Certains chèques tirés par lui au profit de la Banque n’ont pas été encaissés à ce jour.

- Gaston Sembo Backonly, adjoint au délégué du gouverneur de 2001 à 2009
Il partage à ce titre les mêmes responsabilités que le délégué du gouverneur, du moins sur les attributions qui lui sont déléguées selon l’organigramme en vigueur. “Il a bénéficié de chèques frauduleux pour un total de 103.074.367 de francs.

- Armand Ndzamba, comptable de 1992 à 2009
Il est présenté comme “l’auteur principal des fraudes”, a conçu et imaginé tous les modes opératoires ayant permis de dérober à la Banque au moins la somme de 16,5 milliards. Au stade actuel des investigations, il a bénéficié, de manière certaine, d’une somme totale de 4.234.810.258 francs répartie à titre personnel, à ses sociétés et en billets d’avion.

A ce montant, s’ajoutent 5,9 milliards de francs de retraits en espèces aux guichets des banques commerciales et non reversés à la caisse du Bep.

- Marie-France Robert, secrétaire du délégué du gouverneur de 2004 à 2007
Elle assumait pleinement l’organisation du courrier et participait à certaines opérations financières telles que les règlements des fournisseurs, la gestion des billets d’avion et des évacuations sanitaires, etc. Elle assume pleinement la responsabilité du dérèglement du Bureau d’ordre qui a permis la soustraction des documents originaux et sensibles, et l’intrusion de faux documents (faux relevés de compte), et ne pouvait donc pas ne pas être impliquée dans le détournement des courriers (relevés bancaires, chéquiers, chèques, correspondances diverses, etc.). Elle a bénéficié de chèques frauduleux et de voyages indus. Elle est toujours redevable à la Banque de 6 millions au titre d’un encours de prêt.

- Sabine Tiako, agent du Bureau d’ordre
Première personne en contact avec le courrier “arrivée “, elle ne pouvait pas ne pas être impliquée dans les détournements de courriers, relevés de compte bancaire, chèques, chéquiers, etc. Elle a bénéficié des largesses de M. Ndzamba, qui a mis à sa disposition un véhicule privé.

- Willi, agent administratif
Recruté en 2007 pour renforcer les effectifs du Bep, il n’a pas tardé “à prendre le train en marche”. En mars 2008, il a été bénéficiaire d’un chèque frauduleux de 3.180.565 de francs et affirme avoir été au courant des pratiques de M. Ndzamba, qui consistaient à inscrire sur les souches des chèques des bénéficiaires différents de ceux portés sur les chèques correspondants. Sa hiérarchie, informée, n’aurait pas donné suite à ces informations.

- Jean-Marie Ogandaga Ndinga, délégué du gouverneur depuis juillet 2008
Les investigations de la mission n’ont pas révélé son implication. Il a validé sur Syscobeac toutes les écritures de régularisation de 2008, dont l’immense majorité ne présentait aucune pièce justificative. Il a néanmoins pris le temps de revenir sur ces écritures, de constater leur irrégularité et de tirer la sonnette d’alarme. Il n’a pas jugé utile de remettre à la mission de 11 images de chèques frauduleux représentant un montant total de 138.251.320 francs qu’il avait soustraites de la première livraison d’avril 2009 de la Société générale, au motif que ces chèques “seraient sensibles en raison de l’identité de leurs bénéficiaires”.

Félix C. Ebolé Bola | Mutations


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